[PDF] Fiche de lecture : Merveilleux et fantastique en littérature





Previous PDF Next PDF





Je me suis perdu dans une forêt lors dune promenade de famille j

Je me suis perdu dans une forêt lors d'une promenade de famille j'avais 8 ans. Je suis parti en vélo et je me suis éloigné de mes.



Les aberrations de lespace dans le texte fantastique: étude de « La

la campagne la forêt. Il semble que le narrateur s'attarde peu sur leur description



Exercice 1 : Souligne ladjectif qualificatif de chaque groupe nominal

parler – rouge – fantastique. Exercice 4 : Dans chaque liste un mot incroyable dans cette sombre forêt. Exercice 7 : Recopie les phrases en.



Fiche de lecture : Merveilleux et fantastique en littérature

1.1.1 Définition du merveilleux 1.2.1 Définition du fantastique ... Pour de nombreux folkloristes la forêt est une représentation de la nuit. Dans.



fr6.pdf

fantastiques. Son succès enfants (courir) dans la forêt aussi vite qu'ils (pou- ... la description ou la représentation des monstres et le récit ou.



Les aberrations de lespace dans le texte fantastique: étude de « La

la campagne la forêt. Il semble que le narrateur s'attarde peu sur leur description



«Décrire des lieux des paysages»

1e proposition : écrire la description de la 5ème double page blanches falaises que couronnait une forêt



LA BÊTE DANS LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE

18?/02?/2010 Le visage dans la mosaïque : définition de la bête fantastique ... F. Mais cette place d'élection au sein de notre forêt de symbolesF.



La forêt et ses habitants fantastiques dans les séries télévisées

15 jui 2014 · Lieu privilégié de l'imaginaire merveilleux la forêt sert traditionnellement de cadre aux rencontres entre le héros et des créatures 



[PDF] PAYSAGES DE FORÊTS

16 juil 2015 · La Forêt : Définition III- La forêt dans l'art pictural a- Symbolique religieuse élément fondateur de la représentation de l'arbre et de 



Description dune forêt en français - Lettres et langue française

Fiche de vocabulaire de la description d'une forêt vous trouverez une liste de phrases et des exemples de paragraphes qui vont vous aider à apprendre 



[PDF] Sélection de textes fantastiques écrits par les élèves de 4e Chaplin

17 jan 2014 · Je me promenais dans la forêt pour cueillir des champignons lorsque je trouvai un cèpe Au moment où je me penchai pour le ramassé je sentis 



[PDF] Ladjectif qualificatif La forêt - Le Cartable Fantastique

La forêt Rappelle-toi : Laurent se promène dans la forêt et il s'imagine combattre un tigre quand tout à coup un orage éclate Le garçon court se réfugier 



Une petite histoire imaginaire dans la forêt - Cours français facile

Il était une fois un garçon qui se promenait dans une petite forêt lorsqu'il a trouvé un grand tableau noir accroché à une vieille branche d'arbre



Décrire un lieu : Description de la foret en français

Parfois vous faites une sortie à la forêt avec les amis ou la famille et vous voulez rédiger une description de ce lieu Cours français facile vous propose 



Le génie de la forêt - Il était une histoire - IEUH

Il était une fois un pauvre fermier et sa femme qui travaillaient très dur sur leur lopin de terre Le sol était tellement sec que leurs outils se cassaient 



[PDF] Les représentations de la forêt en Grèce ancienne - Archipel UQAM

La forêt est un espace grâce auquel nous accédons à la « pensée sauvage}) de la Grèce mais elle est aussi un lieu naturel qui permet aux sociétés de s'affirmer 



[PDF] FICHE DE SYNTHÈSE - Le surnaturel et la littérature fantastique

Définition On parle de récit fantastique lorsque dans une histoire dont le cadre est réaliste des événements étranges se produisent

  • Comment décrire la description de la forêt ?

    Une forêt est un ensemble d'arbres très dense. Une forêt est un ensemble d'arbres plus ou moins grands selon leur âge et leur variété (une essence). Dans une forêt, on peut apercevoir de nombreux animaux tel que le renard, le cerf ou le sanglier.
  • Comment qualifier une forêt ?

    nom féminin. Vaste étendue de terrain couverte d'arbres ; ensemble de ces arbres. ? bois, futaie ; sylv(i)-.
  • Quelles sont les caractéristiques du genre fantastique ?

    ?Le récit fantastique met en scène un personnage vivant dans un univers réel, dont la vie est chamboulée quand apparaissent tout à coup des phénomènes surnaturels ou merveilleux. On nomme parfois « transgression » le moment où l'auteur brise le réel pour y insérer des éléments fantastiques.
  • Commencer en décrivant une situation qui va être bouleversée. Le début du récit doit tout de suite susciter l'attention du lecteur. Adopter un ton incisif. Éviter les longueurs, bannir les temps morts.

Fichedelecture:MerveilleuxetfantastiqueenlittératureLaCASDENvousproposeautourdelathématiquedumerveilleuxetdufantastiqueenlittérature,u nesélectiond'ouvragesde la littératurefrançaisetéléchargeable sgratuitement,assortisdeleurfichedelecture.Undossierproposépar:

Merveilleuxetfantastiqueenlittérature1.TextedeprésentationLesrécitsme rveilleuxetfantastiq uespeuventparaîtretrèsproches,mais ilsso ntfondamentalementdifférents.Afindemieuxcomprendrelemerveilleuxetlefantastique,ilestnécessaired'expliquercequesont:lesurréel,lesurnaturel,l'étrangeetunphénomène.Alorsqueleréel englobetout cequino usestconnu,lesurrée lreprésentetoutcequidépasselalimitedenosconnaissances,c'est-à-direcequiestrationnellementinexplicableaumomentoùl'onparle.Parcontre,lesurnaturelestcequisembleéchapperauxloisdelanature;ilcorrespondàuneexceptionauxloisdumondequeDieuafixées(parexemple,lesanges);ilfaitpartiedusurréel;ilesttout-à-faitpossible(parexemple,lesmiracles),maisilsurprendtoujours.Commelemot"surnaturel»afiniparprendreunsenspluslargeetdevenirsynonymede"surréel»,nousl'emploierons,danscedossier,aveccedeuxièmesens.Quantàl'étrange,ilfaitpartieduréel;ilestcequiesttrèsdifférentdecequel'onl'habitudedevoir,cequiétonne,surprend.Parcontre,unphénomèneestbannidenotreréalité;ils esitueau-delàduréel;ilf aitpartied usurréel ;mais, iln'échappepas nécessairementauxloisdelanatureetn'estdoncpasforcémentsurnaturel;ilpeutdoncêtresurnaturel ouautre.Mais,l'apparitiond'u nphénom ènecréetoujour sunclimatd'étrangeté.Fortdecesdéfinitions,nousallonsétudierlemerveilleuxetlefantastiquedanslesoeuvresdenotrecorpus.Notrebutn'estpasdefaireentrercelles-cidansdesgenreslittérairesbiendéfinis(merveilleuxoufantastique),maisd'enétudierlesmanifestations,d'autantplusquepourcertainesoeuvres,seulscertainspassagesfontappelaumerveilleuxouaufantastique.1.1Lemerveilleux1.1.1DéfinitiondumerveilleuxLemerv eilleux(VoirleClind'oeil N°2du dossier"Nosrêvesd'enfa nt»)se fondesurl'interactiond'êtresetd'élémentssurnaturels,dansunmondeféérique.Lesêtresetlesobjetsontdespouvoirssurnaturels,lesanimauxparlent,lasorcellerieetlesmétamorphosessonthabituelles.Lesrécitsmerveilleuxsontdesoeuvresd'imaginationquinerecherchentpasleréalismeetquiplongentd'embléel'auditeuroulelecteurdansunmondesurnaturel,sansqu'ilseposedequestions.Ilsontuncaractèreirréaliste.Danslerécitmerveilleux,unecohérenceparfaites'installeentrelepersonnageetl'universdanslequel ilévolue.D'autrepart, lelecteu rdécouvreunmondeféé riqueoùrienne l'étonne.Ilacceptelesdonnéesdumondesurnaturelcommeallantdesoi.Ilfaitpreuvedeconfianceetdecrédulité.Lemerveilleuxn'entretientaucuneambiguïtéentrecequiexisteréellementetcequiparaîtsurnaturel.Ilsous-tendunehistoiredontonsaitd'embléequ'elleestfictive.Ilnenécessiteaucunejustificationetsedonnepourtel.Ils'ajouteaumonderéelsansluiporte ratteintenie ndétruire lacohér ence.Ilnecherchepasà rationali serlesurnaturelniàl'expliquer,carlesphénomènessurnaturelssontlaréalitédespersonnagesdelafiction.Unecontinuiténaturellesembles'installerentrelemonderéeletlemondemerveilleux.

MerveilleuxetfantastiqueenlittératureLemervei lleuxlittérairecaractérisedoncunmon deoùlesurnaturelestin contesté:personnages,comportementsetévènementsobéissentàdesloisinsolites,généralementtrèséloignéesdelalogiqueordinaire.C'estlemondedel'altéritéabsolue,oùlaraisonnes'aventurequ'enétrangère.Iln'yapasd'obstaclesàcequ'uneféeinterviennedanslavieduhéros:c'estattendu.Cepersonnagefaitpartiedel'universmerveilleux;ilyestàsaplace.Onestdanslemondedu"Ilétaitunefois...».Lemerveilleuxconstruitunmondeautonome,universeletintemporel,quiévacuelerapportàlaréalitéréférentielle.1.1.2Petitehistoiredumerveilleux1.1.2.1Lemerveilleuxetl'épopéeDanslaperspectiveclassique,ilyaincompatibilitéentrelemerveilleuxetlaprose.C'estpourquoidepuisl'Antiquité,lemerveilleux,quitrouvesonoriginedanslatraditionorale,estréservéauxmythes,auxlégendes,auxépopéesouauxpoésiesversifiées.Ilestdonctrèsprésentdanslatradition épiquegrecque(Ho mère,Eschyle,Sophocle ,Euripide,etc.)etromaine(Virgile,Luc ain,etc.).Ilfaitp artiedel aréalitéadmise:les hérosantique scommuniquentavecleursdieuxquiinterviennent,sousdifférentesformes,danslaréalité.AuMoyenAge,lapenséemédiévaleoccidentalediviselemerveilleuxentroiscatégories:lemiraculus,lemagicus,etlemirabil is.Le miraculusdésignelemerveilleux chrétiene trecouvretoutcequiestlié àlaprésen ceouàla manifestationd eDieu.L emagicusreprésentel'aspectmaléfiqueetdiaboliquedumerveilleux.Quantaumirabilis,ilenglobetoutcequi nepeuts 'expliquer parleslo isdelanatur e,toutcequiestanormal,extraordinaire.Mais,lesfrontièresentrece sdifférente scatégoriesd umerveilleuxsontparfoisflouesetdifficilesàdéterminer.Lemerveilleux,toutescatégoriesconfondues,esttrèsprésentdanslesépopéescommedanslaChansond'Antiocheetdanstouslesrécitsd'aventures.AlaRen aissance ,lescroyancesreligieuseset lecultepassionnédeslettrespaïe nnesproduisentunmélangebizarrede merveille uxmythologiqueetde merveilleuxchréti en(anges,démons,saintsetleursdonsmiraculeux),commedansLaDivinecomédiedeDante.DanslaJérusalemdélivrée,leT asseunitau merveilleuxchréti enceluidelamagieetabandonnelamythologie.Acetteépoque,lemerveilleuxparticipeàlafoisdupaganisme,duChristianismeetdelasorcellerie.Ainsi,lesoeuvresépiquesaccordent-elleunelargeplaceaumerv eilleux,qu'ilsoitchrétienoupaïen ,miraculeuxoumal éfique.Celui-ciestla manifestationnonconflictuelledusurnatureldansleréel.Danslesépopéesmodernes,l'élémentchrétienfinitparéclipserlamythologie.DansLeParadisPerdu,MiltonsebornepratiquementaumerveilleuxtirédelaBible.Parlasuite,lamythologiedisparaîtdesépopées.LaQuerelledesAnciensetdesModernesauXVII°initieunelongueettrèsvivediscussionsurlesméritescomparésdumerveilleuxchrétienetdumerveilleuxpaïen.BoileauprendlepartidesAnciensets'attaquevivementaumerveilleuxchrétien,maisneréussitpas àfairerevivr elemer veilleuxpaïen.Ladis cussions 'es tprolongéejusqu'auXIX°,suscitéeparChateaubriandavecl'épopéedesNatchez.1.1.2.2Lemerveilleuxetleconte

6Merveilleuxetfantastiqueenlittératurepasànotre mon deréel,maisi lromptaveclavisi oncohérentequeno usenavons. Lefantastiquemetenscènedeuxlogiquesopposées:l'unerationnelle,l'autreirrationnelle.C'estlàlagrande différ ence aveclemerveilleux :le phénomène fantastiquedemeureétranger,voireimpossibledanslaréalitédelafiction,alorsquelephénomènemerveilleuxsurvientdansunmondeimaginairequilepermetetl'acceptesansproblème.Parailleurs,l'irruptiond'unphénomènedanslaréalitédelafictiongénèrenécessairementunquestionnement.Etc'estlà,ladeuxièmegrandedifférenceaveclemerveilleux:lerécitmerveilleuxnesusciteaucunquestionn ementsur leréel,alorsquel erécitfantastique proposeunehypothèsequiélargitnotrevisionduréelet,dufaitdel'impossibilitéthéoriqued'yapporteru neréponse,seconten ted'évoquer uneproblématique.Lefantastiq ueproposeuneinfinitéd'e xpériences deslimitesduréel,voi reunecritiquedelavisioncommunedumonde.Enfin,l'irruptiond'unphénomènedanslaréalitédelafictionentraînetoujoursunclimatd'étrangeté.C'estlàlatroisièmedifférenceaveclemerveilleux:l'atmosphèremerveilleusen'estpasétrange, alorsque l'atmosphèrefantastiquee stétrange.L'étran gecommence lorsquesurvie ntunévènementauquelle personnag eoulelecteurnepeutpasd onnerd'explication:bruitsinexpliqués,objetsdéplacés,comportementsincompréhensibles,etc.Acôtédecestroisinvariants,citonslescaractéristiquesvariableslespluscourantesdanslesrécitsfantastiques.D'abord,lephénomènepeutêtremaléfique,bénéfique,ounil'unnil'autre.Lamenacen'estd oncp asuninvariantdesré citsfantastiques. Lefantastiquen'installepastoujoursunclimatdepeuretd'épouvante.D'autrepart,les récitsfantastiq uesnegénèr entpastousunehés itationentreuneexplicationnaturelleetuneexpli cationsurnaturelleduphén omène. Biendesau teurscherchentuniquementànousmontrerqu'unepartieduréelnouséchappeetquenossensrestreignentnotrevisiondumonde.Eneffet,unphénomène,enapparencesurnaturel,peutdébouchersuruneinterprétationrationnelle,danslaquellecesontlesloisnaturellesquiprédominent.Souvent,leshasards,les coïncidences,lerêve, l'influence desdrogues,l'illusiondessensoulafolietententderéduirelesurnatureletpermettentdedonneruneexplicationrationnelleàunphénomènequinel'étaitpasaudépart.Danscetypederécitsfantastiques,lepersonnageessaie,dansunpremiertemps,deserassurerentrouvantuneexplicationrationnelle.Tantqu'ilnel'apastrouvée,intervientlapeur,voirel'affolementoulapanique.Mais,ledénouementrassuretoujourslepersonnage.Ici,lanormeestperturbée,maisellen'estjamaisniée.Lesurnatureln'estqu'uneapparence.Parailleur s,lesrécitsfantastiquesnes eterminentp astoujoursdelamêm efaçon:le phénomènepeutêtredétruit,continuersonouvragededestruction,continueràfairelebien,disparaîtreouaucontraireêtreéternel;lehérospeuttrouverlamortouêtredamné,maisaussivaincrelephénomène,seservirduphénomèneoudevenirlephénomène.Lerécitpeutsecon clureouno nsurl'h ésitationduhéros:do it-ilsecon forterdans sonrationalismeetnierlephénomènesurnatureloubiendoit-ilreconnaîtrel'évidencedecephénomène?Plus ieursrécitsfantastiquessecaractér isentparl'acceptation desphénomènessurnaturels.

7MerveilleuxetfantastiqueenlittératureEnfin,laplupartdesthéoriciensontattachélefantastiqueuniquementauxtextesnarratifs.Mais,celui-ciprendaussiformedanslapoésie,aucinéma,enmusique,etc.C'estpourquoinotrecorpuscomportedesoeuvrespoétiques.Danscelles-cinousavonsbienretrouvélestroisinvariantsdontnousavonsparléprécédemment:irruptiond'unphénomènedansuncadreréaliste,climatd'étrangetéetquestionnementsuscité.Lefantastiqueenpoésieestaussiunmoyend'interrogerleslimitesduréeletd'explorerlesfrontièresdelaraison.Notons,deplus,quelefantastiqueenpoésiecôtoiesouventlemerveilleux(Cf.ApollinaireetVerlaine).1.2.2PetitehistoiredufantastiqueLefantastiq ueestungenrelittéraire, àl'origi neincertai ne,maisilacomme ncéàsedévelopperauXVIII°.C'estleromangothique(VoirLesaviez-vousN°4),qui,ens'intéressantauxthèmesdel'irrationneletdel'angoisseetentémoignantungoûtprononcépourlemacabre,ainfluencélalittératurefantastique.Troisromanssontàlabasedel'essorconsidérablequelefantastiqueaconnuenFranceauXIX°:LeDiableamoureux(1772)deJ.Cazotte,lepremierromanfantastique;ManuscrittrouvéàSaragosse(1804)dupolonaisJanPotocki,considérécommeleroman-modèledufantastiqueparZvetanTodorov;lesContes(1816,traduitsen1830)del'allemandE.T.A.Hoffmann.Danslesann ées1830,d enombreuxtextesem blématiquesdelali ttératurefantastiquesontpubliésen France:LaPeaud echagrind'HonorédeBalzac(1831), LaCafetière(1831)etLaMorteamoureuse(1836)deThéophileGautier(1831),LaféeauxmiettesdeCharlesNodier(1832)etlaVenusd'IlledeProsperMérimée(1837).D'autrepart,latraduc tionduFaustdeGoethe en1828parGérard deNerval etcelledesHistoiresextraordinairesetNouvelleshistoiresextraordinairesdePoeparBaudelaire(1856et1857)ontinspi rédenombreuxécrivains ,quiont mêlélethèmedufantastiqueàc eluidel'horreur:RobertLouisStevenson(DrJekylletMrHyde,1886)),OscarWilde(LePortraitdeDorianGray,189 0),etc.Toutaulongdu siècle,legenreperdure avecdes oeuvresimportantes:Aurélia(1855)deGérarddeNerval,LeHorladeGuydeMaupassant(1887).Lafinessedel'analysepsychologiqueprendlepassurlafoliedébridéeetmorbidedudébutdufantastique.AlafinduXIX°etaudébutduXX°,avecl'essordelalittératureditedécadente,dontlesthèmesdeprédilectionsontlacruauté,leviceetlasexualité,lefantastiquen'estplusunefinalitéensoi.Ilestunmoyenpermettantdefairepasseruneprovocation,unedénonciationouunevolontéesthétique.Durantcettepériode,iln'yapasàproprementparléd'écrivainsfantastiques,maisdenombreuxauteursontécritdestextesfantastiques.1.3Lemerveilleux,lefantastiqueetlascienceLemerv eilleuxrelèved'unétatdec ivilisatio ntrèsancienourienencoren'est expliquéscientifiquement.Chrétienoupaïen,ilestomniprésentdanslemondeoccidentaljusqu'auXVIII°.Eneffet,denombreuxphénomènesquinepeuventpasêtreexpliquésparlasciencecoexistentavecleréelsansqu'ilyaitconflit:lemiracleetl'irrationnelvontdesoi.Parcontre,lefantastiquenepeutpasexisterauMoyen-Ageoùlesmentalitésacceptentlesurnaturelcommeuneréalité. D'autrepart,ilestc omplètementi gnorédessiècles

8Merveilleuxetfantastiqueenlittératureclassiquesquicroientàlarais onetquiopp osent,auxcroyancessu per stitieu ses,unscepticismeabsolu.LapenséedesL umièresréduitlarepr ésentatio ndumondeauréelrationneletnielesurnaturel,quisurvitencore,danslesrécitsmerveilleux.Enfin,lasciencefaitdeformidablesavancéesetfleurissentlesthéoriesmatérialistes(toutestmatièreetDieun'existepas)etpositivistes(touteconnaissancedoits'entenirauxfaits).Cen'estquedanslasecond emoiti éduXVIII°,aprèsl'écroule mentdescer titudesquelaRévolutionréaliseetl'élargissementdel'inspirationàl'imaginaireexaltéparleromantismequel'onassisteaurenouveaudel'irrationnel.Eneffet,faceàcettemodernitérationaliste,naîtunegrandeinquiétudechezlesécrivains,d'oùunrecoursaufantastique,pourapporterunesorted'"oxygénisation»auréel.Ilyadoncunesciencederéférenceàpartirdelaquellesedéveloppeunrécitfantastique.Mais,si,enl evantlevoil esurce quidemeurein expliqué, lesdécouvertesscientifiquessemblentréduirelechamp delalittératurefantastique,e llestrace ntaucontrairede nouvellesperspectivesquiouvrentsurl'inconnu.Ainsilascience,loindelebloquer,offre-t-elleunterrainpropiceaufantastique.Celui-ci,enrelativisantlesavancéesdelascience,revendiquelapartdemystère,cemondeautresituédel'autrecôtédumiroir.Ainsi,lafinduXIX°est -ellepartagéeentr elepositivismetri omphantdontles succèsphilosophiquessefondentsurlesavancéesprodigieusesdelasciencemoderneetleretourenforcedetoutlerefouléantirationaliste,aveclavoguemondainedumagnétisme,del'occultisme,delathéosophieetdel'astrologie.Lefantastiqueestunesortederéponseàunmondeultraréalisteetrationnalisé.Denosjours,lesmondesdumerveilleuxetdufantastiquecoexistent.Ilsontinspiréd'autresgenresnarratifscommelascience-fiction.

9Merveilleuxetfantastiqueenlittérature2.ExtraitsducorpusNousallonsétudierletraitementdumerveilleuxetdufantastique,danslesoeuvresdenotrecorpus,enpassantenrevuelesthèmeslesplusrécurrents.2.1.Letemps2.1.1L'absencederepèrestemporelsDanslemerveilleux,etplusparticulièrementdansceluidescontesdefée,lepassagedel'universquotidienàunautreuniversoùlemerveilleuxadroitdecité,estmarquéd'embléepardesformulescomme:"ilétaitunefois»,"ilyalongtemps,bienlongtemps»,"jadis»,etc.L'époque restevolontairementimprécis e,afindefacil iterledépartversunmondelointain.Enplaçantlesévènementsnarréshorsdetouteactualité,l'auteurprévienttouteassimilationréaliste.Cen'estpaslecasdufantastique,oùlanécessitéd'unancragedanslaréalitéconduitleplussouventl'écrivainàdonnerdesrepèrestemporelsprécis.Lerécitmerveilleuxsesituedansl'intemporel,dansunpasséindéterminéetgénéralementlointain.Ilenestdemême dec ertainsréc itsfantastiqu es,comm echezPoe:pl usieursnouvellesbaignentdansununiversqui,bienqu'enapparenceréel,estmystérieux,vague,lointain,reléguédansunesorted'atemporalité,commedansLigeia.2.1.2LesdérèglementsdutempsDanslerécitmerveilleux,ilyabrouillagedesrepèrestemporels:letempssedérègle(arrêt,répétition,etc.).Parexemple,dansAliceauPaysdesMerveilles,letempsestsanscessedéréglé.Pourcertainspersonnages,commelelapinblancquicourtavecsamontreàlamain,letempspassetropvite.Pourd'autres,commelechapelierfou,ilestsuspenduetstagneàlamêmeheure:ilesttoujourssixheures.Extrait:AliceeuPaysdesMerveilles,Caroll,p.35-37"LeChapelierrompitlesilencelepremier."Quelquantièmedumoissommes-nous?»dit-ilensetournantversAlice.Ilavaittirésamontredesapocheetlaregardaitd'unairinquiet,lasecouantdetempsàautreetl'approchantdesonoreille.Aliceréfléchituninstantetrépondit:"Lequatre.»"Elleestdedeuxjoursenretard,»ditleChapelieravecunsoupir.(...)Aliceavaitregardépar-dessussonépauleaveccuriosité:"Quellesingulièremontre!»dit-elle."Ellemarquelequantièmedumois,etnemarquepasl'heurequ'ilest!»"Etpourquoimarquerait-ellel'heure?»murmuraleChapelier."Votremontremarque-t-elledansquelleannéevousêtes?»"Non,assurément!»répliquaAlicesanshésiter."Maisc'estparcequ'elleresteàlamêmeannéependantsilongtemps.»"Toutcommelamienne,»ditleChapelier.(...)"Avez-vousdevinél'énigme?»ditleChapelier,setournantdenouveauversAlice."Non,j'yrenonce,»réponditAlice;"quelleestlaréponse?»"Jen'enaipaslamoindreidée,»ditleChapelier."Nimoinonplus,»ditleLièvre."Alicesoupirad'ennui."Ilmesemblequevouspourriezmieuxemployerletemps,»dit-elle,"etnepaslegaspilleràproposerdesénigmesquin'ontpointderéponses.»

10Merveilleuxetfantastiqueenlittérature"SivousconnaissiezleTempsaussibienquemoi,»ditleChapelier,"vousneparleriezpasdelegaspiller.Onnegaspillepasquelqu'un.»"Jenevouscomprendspas,»ditAlice."Jelecroisbien,»réponditleChapelier,ensecouantlatêteavecmépris;"jepariequevousn'avezjamaisparléauTemps.»"Celasepeutbien,»répliquaprudemmentAlice,"maisjel'aisouventmalemployé.»"Ah!voilàdoncpourquoi!Iln'aimepascela,»ditleChapelier."Maissiseulementvoussaviezleménager,ilferaitdelapenduletoutcequevousvoudriez.Parexemple,supposonsqu'ilsoitneufheuresdumatin,l'heuredevosleçons,vousn'auriezqu'àdiretoutbasunpetitmotauTemps,etl'aiguillepartiraitenunclind'oeilpourmarqueruneheureetdemie,l'heuredudîner.»("Jelevoudraisbien,»dittoutbasleLièvre.)"Celaseraittrèsagréable,certainement,»ditAliced'unairpensif;"maisalors-jen'auraispasencorefaim,comprenezdonc.»"Peut-êtrepasd'abord,»ditleChapelier;"maisvouspourriezretenirl'aiguilleàuneheureetdemieaussilongtempsquevousvoudriez.»"Est-cecommecelaquevousfaites,vous?»demandaAlice.LeChapeliersecouatristementlatête."Hélas!non,»répondit-il,"nousnoussommesquerellésaumoisdemarsdernier,unpeuavantqu'ildevîntfou.»(IlmontraitleLièvreduboutdesacuiller.)(...)"Et,depuislors,»continualeChapelieravectristesse,"leTempsneveutrienfairedecequejeluidemande.Ilesttoujourssixheuresmaintenant.»Unebrillanteidéetraversal'espritd'Alice."Est-cepourcelaqu'ilyatantdetassesàthéici?»demanda-t-elle."Oui,c'estcela,»ditleChapelieravecunsoupir;"ilesttoujoursl'heureduthé,etnousn'avonspasletempsdelaverlavaisselledansl'intervalle.»2.1.3Lesmomentsprivilégiés2.1.3.1LanuitDanslalittératureoccidentale,lanuits'estdonnéecommelelieudel'inquiétude(lapeurdunoir), del'inconnuetdes illusions .C'estlanuitquelesommeil engend rerêvesou cauchemarsetquel'espritimaginemonstresetchimères.Lanuitrévèleaussiuneattractionsingulièreentrelemondedesmortsetceluidesvivants.C'estpourquoi,lefantastiqueprivilégiedesmomentsparticulierscommelecrépusculeoulanuit,outoutétatrappelantlanuit:pénombre,brouillard,tempête,orage,etc.DansEffetdenuit,Verlaineprésenteunpaysagenocturne,oùestdresséungibet,verslequelmarchentdescondamnés.Ilréussitàcréerunclimatfantastique,enécrivantlascèneàlamanièredespeintresetenutilisanttouteunesymboliquedumacabre.IlnousplongedanslesténèbresduMoyen-Age,oùlamortestomniprésenteet,par-là,illustretoutsonpessimisme.Extrait:"Effetdenuit»,inOEuvrescomplètes,t.1,Verlaine,p.10"Lanuit.Lapluie.UncielblafardquedéchiquetteDeflèchesetdetoursàjourlasilhouetteD'unevillegothiqueéteinteaulointaingris.Laplaine.UngibetpleindependusrabougrisSecouésparlebecavidedescorneillesEtdansantdansl'airnoirdesgiguesnonpareilles,Tandis,queleurspiedssontlapâturedesloups.Quelquesbuissonsd'épineépars,etquelqueshoux

11MerveilleuxetfantastiqueenlittératureDressantl'horreurdeleurfeuillageàdroite,àgauche,Surlefuligineuxfouillisd'unfondd'ébauche.Etpuis,autourdetroislividesprisonniersQuivontpiedsnus,ungrosdehautspertuisaniersEnmarche,etleursfersdroits,commedesfersdeherse,Luisentàcontresensdeslancesdel'averse.»DansArriaMarcelladeGautier,lebasculementdanslefantastiquesefaitaussiàlafaveurdelanuit.Rappelonsl'intrigue:TroisjeunesgensvisitentlemuséedeStudjàNaples.Leplusjeunedestrois,trèsromantique,Octavien,restepétrifiédevantl'empreinted'uncorpsdefemmedansunmorceaudecendre.Ensuite,ilsvisitentlesruinesdePompéi.Lesoir,netrouvantpaslesommeil,Octavienretournesurlesitearchéologique.Extrait:"ArriaMarcella»,inRomansetContes,Gautier,p.149-151"Octavien,quiavaitsouventlaissésonverrepleindevantlui,nevoulantpastroublerparuneivressegrossièrel'ivressepoétiquequibouillonnaitdanssoncerveau,sentitàl'agitationdesesnerfsquelesommeilneluiviendraitpas,etsortitdel'osteriaàpaslentspourrafraîchirsonfrontetcalmersapenséeàl'airdelanuit.Sespieds,sansqu'ileneûtconscience,leportèrentàl'entréeparlaquelleonpénètredanslavillemorte;ildéplaçalabarredeboisquilafermeets'engageaauhasarddanslesdécombres.Laluneilluminaitdesalueurblanchelesmaisonspâles,divisantlesruesendeuxtranchesdelumièreargentéeetd'ombrebleuâtre.Cejournocturne,avecsesteintesménagées,dissimulaitladégradationdesédifices.L'onneremarquaitpas,commeàlaclartécruedusoleil,lescolonnestronquées,lesfaçadessillonnéesdelézardes,lestoitseffondrésparl'éruption;lespartiesabsentessecomplétaientparlademi-teinte,etunrayonbrusque,commeunetouchedesentimentdansl'esquissed'untableau,indiquaittoutunensembleécroulé.Lesgéniestaciturnesdelanuitsemblaientavoirréparélacitéfossilepourquelquereprésentationd'uneviefantastique.QuelquefoismêmeOctaviencrutvoirseglisserdevaguesformeshumainesdansl'ombre;maiselless'évanouissaientdèsqu'ellesatteignaientlaportionéclairée.Desourdschuchotements,unerumeurindéfinie,voltigeaientdanslesilence.Notrepromeneurlesattribuad'abordàquelquepapillonnementdesesyeux,àquelquebourdonnementdesesoreilles,-cepouvaitêtreaussiunjeud'optique,unsoupirdelabrisemarine,oulafuiteàtraverslesortiesd'unlézardoud'unecouleuvre,cartoutvitdanslanature,mêmelamort,toutbruit,mêmelesilence.Cependantiléprouvaituneespèced'angoisseinvolontaire,unlégerfrisson,quipouvaitêtrecauséparl'airfroiddelanuit,etfaisaitfrémirsapeau.Ilretournadeuxoutroisfoislatête;ilnesesentaitplusseulcommetoutàl'heuredanslavilledéserte.Sescamaradesavaient-ilseulamêmeidéequelui,etlecherchaientilsàtraverscesruines?Cesformesentrevues,cesbruitsindistinctsdepas,était-ceMaxetFabiomarchantetcausant,etdisparusàl'angled'uncarrefour?Cetteexplicationtoutenaturelle,Octaviencomprenaitàsontroublequ'ellen'étaitpasvraie,etlesraisonnementsqu'ilfaisaitlà-dessusàpartluineleconvainquaientpas.Lasolitudeetl'ombres'étaientpeupléesd'êtresinvisiblesqu'ildérangeait;iltombaitaumilieud'unmystère,etl'onsemblaitattendrequ'ilfûtpartipourcommencer.Tellesétaientlesidéesextravagantesquiluitraversaientlacervelleetquiprenaientbeaucoupdevraisemblancedel'heure,dulieuetdemilledétailsalarmantsquecomprendrontceuxquisesonttrouvésdenuitdansquelquevasteruine.Enpassantdevantunemaisonqu'ilavaitremarquéependantlejouretsurlaquellelalunedonnaitenplein,ilvit,dansunétatd'intégritéparfaite,unportiquedontilavaitcherchéàrétablirl'ordonnance:quatrecolonnesd'ordredoriquecanneléesjusqu'àmi-hauteur,etlefûtenveloppécommed'unedraperiepourpred'uneteintedeminium,soutenaientunecimaisecoloriéed'ornementspolychromes,queledécorateursemblaitavoirachevéehier(...).Lamaisons'étaitexhausséed'unétage,etletoitdetuilesdenteléd'unacrotèredebronzeprojetaitsonprofilintactsurlebleulégerducieloùpâlissaientquelquesétoiles.Cetterestaurat ionétrange,faitedel'après-midiausoir paruna rchitecteincon nu,tourmenta itbeauc oupOctavien,sûrd'avoirvucettemaisonlejourmêmedansunfâcheuxétatderuine.Lemystérieuxreconstructeuravaittravaillébienvite,carleshabitationsvoisinesavaientlemêmeaspectrécentetneuf;touslespiliersétaientcoiffésdeleurschapiteaux;pasunepierre,pasunebrique,pasunepelliculedestuc,pasuneécailledepeinturenemanquaientauxparoisluisantesdesfaçades,etparl'intersticedespéristylesonentrevoyait,autourdubassindemarbreducavaedium,deslauriersrosesetblancs,desmyrtesetdesgrenadiers.Tousleshistoriens

1

Merveilleuxetfantastiqueenlittératures'étaienttrompés;l'érupti onn'avaitpaseuli eu,oubie nl'aiguilledutemps avai treculéde vingtheuresséculairessurlecadrandel'éternité.Octavien,surprisaudernierpoint,sedemandas'ildormaittoutdeboutetmarchaitdansunrêve.»2.1.3.2.Minuit,heuresymboliqueMinuitestuneheuresymboliquedanslesrécitsmerveilleuxetdanslesrécitsfantastiques.C'estl'heuredusecret,del'ombreetdusilence,del'improbableetdel'imprévu.C'estl'heuredesmétamorphoses,l'heureoùsouventdesévènementshorriblesoumagiquesseproduisent.Parexemple,dansCendrillon,minuitestl'heureoùl'enchantementestrompu.Eneffet,Cendrillon,estparée,parlamagiede samarraine-fée,d'unemagn ifiquerobeetde pantouflesdevairetestdotéed'uncarrosseetdeserviteursquin'existerontquejusqu'àminuit.Extrait:"Cendrillon»,inContes,Perrault,p.36"Lelendemain,lesdeuxsoeursfurentaubal,etCendrillonaussi,maisencoreplusparéequelapremièrefois.Lefilsduroifuttoujoursauprèsd'elle,etnecessadeluiconterdesdouceurs.Lajeunedemoisellenes'ennuyaitpoint,etoubliacequesamarraineluiavaitrecommandé,desortequ'elleentenditsonnerlepremiercoupdeminuit,lorsqu'ellenecroyaitpasqu'ilfûtencoreonzeheures:elleseleva,ets'enfuitaussilégèrementqu'auraitfaitunebiche.Leprincelasuivit,maisilneputl'attraper.Ellelaissatomberunedesespantouflesdevair,queleprinceramassabiensoigneusement.Cendrillonarrivachezelle,bienessoufflée,sanscarrosse,sanslaquais,etavecsesméchantshabits;rienneluiétantrestédetoutesamagnificence,qu'unedesespetitespantoufles,lapareilledecellequ'elleavaitlaisséetomber.Ondemandaauxgardesdelaportedupalaiss'ilsn'avaientpointvusortiruneprincesse:ilsdirentqu'ilsn'avaientvusortirpersonnequ'unejeunefillefortmalvêtue,etquiavaitplusl'aird'unepaysannequed'unedemoiselle.»Minuitestuneheuremagiqueeteffrayante.Elleestaussil'heuredestransformations,dessabbatsdesorcièresetd'autresloupsgarous.C'estversminuitquel'ogreduPetitPoucetserelève,aveclafermeintentiondemangerlesseptfrères.C'estencoreàminuitquetoutestterminépourlapetitesirèneduconted'Andersen.Extrait:"LaPetiteSirène»,inContes,Andersen,p.119"Lejourdelanocedeceluiqu'elleaimait,elledevaitmouriretsechangerenécume.Lajoierégnaitpartout;deshérautsannoncèrentlesfiançaillesdanstouteslesruesausondestrompettes.Danslagrandeéglise,unehuileparfuméebrûlaitdansdeslampesd'argent,lesprêtresagitaientlesencensoirs;lesdeuxfiancéssedonnèrentlamainetreçurentlabénédictiondel'évêque.Habilléedesoieetd'or,lapetitesirèneassistaitàlacérémonie;maisellenepensaitqu'àsamortprochaineetàtoutcequ'elleavaitperdudanscemonde.Lemêmesoir,lesdeuxjeunesépouxs'embarquèrentaubruitdessalvesd'artillerie.Touslespavillonsflottaient,aumilieuduvaisseausedressaitunetenteroyaled'oretdepourpre,oùl'onavaitpréparéunmagnifiquelitderepos.Lesvoiless'enflèrent,etlevaisseauglissalégèrementsurlamerlimpide.Àl' approchedelanuit,onallumad eslampes dedive rsescouleurs,etlesmarins semirent àdanserjoyeusementsurlepont.Lapetitesirèneserappelaalorslasoiréeoù,pourlapremièrefois,elleavaitvulemondedeshommes.Ellesemêlaàladanse,légèrecommeunehirondelle,etellesefitadmirercommeunêtresurhumain.Maisilestimpossibled'exprimercequisepassaitdanssoncoeur;aumilieudeladanseellepensaitàceluipourquielleavaitquittésafamilleetsapatrie,sacrifiésavoixmerveilleuseetsubidestourmentsinouïs.Cettenuitétaitladernièreoùellerespiraitlemêmeairquelui,oùellepouvaitregarderlamerprofondeetlecielétoilé.Unenuitéternelle,unenuitsansrêvel'attendait,puisqu'ellen'avaitpasuneâmeimmortelle.Jusqu'àminuitlajoieetlagaietérégnèrentautourd'elle;elle-mêmeriaitetdansait,lamortdanslecoeur.

1 MerveilleuxetfantastiqueenlittératureEnfinleprinceetlaprincesseseretirèrentdansleurtente:toutdevintsilencieux,etlepiloterestaseuldeboutdevantlegouvernail.Lapetitesirène,appuyéesursesbrasblancsauborddunavire,regardaitversl'orient,ducôtédel'aurore;ellesavaitquelepremierrayondusoleilallaitlatuer.»2.2.L'espaceDanslerécitmerveilleux,onretrouve,surleplangéographique,lamêmeimprécisionquesurleplantemporel.Mais,onconstatelarécurrencedecertainsmotifs:lesfaitssesituentsouventdansdespaysagestypiques(château,forêt,etc.).Laforêtmystérieuseetprofondeestleprincipallieud'actiondurécitmerveilleux.C'estlàquelehérosseperdourencontredesdangers.Pourdenombreuxfolkloristes,laforêtestunereprésentationdelanuit.Dansl'imaginaireetlaculturecollective ,lec hâteauestle deuxième lieupri vilégiédurécitmerveilleux.LafontaineoulasourcesontdeslieuxoùrésidentdesêtresfabuleuxcommeLesFéesdePerrault.Lesfaitspeuventaussisesituerdansdeslieuxdepurefantaisie(payslointainsetétrangersaulecteur)oubiendansdes paysagesi rréelsdansles quelslescouleurs,lesformes,leséchelless'éloignenttotalementdelaréalité.D'autrepart,ilyaaussibrouillage desrepèresspatiaux;les repèresgéo graphiquess'effacent.Enf in,Lemerveilleuxesthyperbolique:lesunitésdemesuresontbeaucoupplusgrandesquecellesquel'onconnaîtdanslemonderéel;toutyestexagérémentdécrit.Leslieuxdétiennentdespouvoirsetsontdotésd'uneâme.Dansunrécitfantastique,audépart,lecadreestréaliste,leslieuxsontréels,voirefamiliers.Mais,lesfaitssesituentleplussouventdansdeslieuxinquiétants(cimetière,viellebâtisse,châteauabandonné,landedéserte,etc.)oumaudits.Parmiceux-cifigurentleseaux,cellesdesfleuves,deslacsoudesocéans.Eneffet,dansleseaux,l'hommeseretrouvehorsdesonélémentnatureletestsujetàlapesanteurdesesangoissesetdesasolitude,surtoutdevantl'immensitémarine,parcequ'elleestlelieuprivilégiédunon-identifiable:onnesaitpascequ'ilyaendessous.D'autrepart,latempêteatendanceàchangerlamerenunmonstreengloutisseur(épaves,naufrages,etc.).DansL'AubergedeMaupassant,lecadreduconteestunlieutrèsisolé,perdudanslesmontagnesenneigées.Extrait:"L'Auberge»,inLeHorla,Maupassant,p.86"PareilleàtoutesleshôtelleriesdeboisplantéesdanslesHautes-Alpes,aupieddesglaciers,danscescouloirsrocheuxetnusquicoupentlessommetsblancsdesmontagnes,l'aubergedeSchwarenbachsertderefugeauxvoyageursquisuiventlepassagedelaGemmi.Pendantsixmoiselle resteouver te,habitéepa rlafamillede JeanHauser;pui s,dèsquelesneiges s'amoncellent,emplissantlevallonetrendantimpraticableladescentesurLoëche,lesfemmes,lepèreetlestroisfilss'envont,etlaissentpourgarderlamaisonlevieuxguideGaspardHariaveclejeuneguideUlrichKunsi,etSam,legroschiendemontagne.Lesdeuxhommesetlabêtedemeurentjusqu'auprintempsdanscetteprisondeneige,n'ayantdevantlesyeuxquelapenteimmenseetblancheduBalmhorn,entourésdesommetspâlesetluisants,enfermés,bloqués,ensevelissouslaneigequimonteautourd'eux,enveloppe,étreint,écraselapetitemaison,s'amoncellesurletoit,atteintlesfenêtresetmurelaporte.C'étaitlejouroùlafamilleHauserallaitretourneràLoëche,l'hiverapprochantetladescentedevenantpérilleuse.Troismuletspartirentenavant,chargésdehardesetdebagagesetconduitsparlestroisfils.Puislamère,JeanneHauseretsafilleLouisemontèrentsurunquatrièmemulet,etsemirentenrouteàleurtour.Lepèrelessuivaitaccompagnédesdeuxgardiensquidevaientescorterlafamillejusqu'ausommetdeladescente.

1 MerveilleuxetfantastiqueenlittératureIlscontournèrentd'abordlepetitlac,gelémaintenantaufonddugrandtrouderochersquis'étenddevantl'auberge,puisilssuivirentlevallonclaircommeundrapetdominédetouscôtéspardessommetsdeneige.Uneaversedesoleiltombaitsurcedésertblancéclatantetglacé,l'allumaitd'uneflammeaveuglanteetfroide;aucunevien'apparaissaitdanscetocéandesmonts;aucunmouvementdanscettesolitudedémesurée;aucunbruitn'entroublaitleprofondsilence.»C'estdanscerefugealpinisoléquevasurvenirunétrangeévènement.AprèsladisparitioninexpliquéeduvieuxGaspardHari,lasolitudeetl'angoissevontpousserlejeuneUlrichàlafolie.Notonsque,dansladescriptiondulieu,Maupassantafaitallusionaufantastique:eneffet,lesentierquilerelieauvillaged'enbas"va,serpentant,tournantsanscesseétérevenant,fantastiqueetmervei lleux,lelongdelamontagned roite»(p.87).L'aspectsurnaturelestrenforcéparl'abondancededétailsréalistes.Lechâteauestunautrelieuprivilégiédesrécitsfantastiques.Parexemple,dansLePortraitovaledePoe,l'actionsedérouledansunchâteau,mystérieusementvide,àl'architecturebizarreetavecunefoulederecoins.Deplus,l'obscuritéyestpercéeparlalumièredecandélabres,créantdeszonesd'ombre spropiceàl'i llusiond'op tique;lal umière desbougiesestvacillante;ile stminuit. Tousles ingrédientssontlàpo url'apparitiond' unélémentfantastique:lenarrateural'impressiondevoirunepersonnevivantedanslecadre.Extrait:"Leportraitovale»,inNouvellesHistoiresextraordinaires,EdgarPoe,p.187"Lechâteaudanslequelmondomestiques'étaitavisédepénétrerdeforce,plutôtquedemepermettre,déplorablementblessécommejel'étais,depasserunenuitenpleinair,étaitundecesbâtiments,mélangedegrandeuretdemélancolie,quiontsilongtempsdresséleursfrontssourcilleuxaumilieudesApennins,aussibiendanslaréalitéquedansl'imaginationdemistressRadcliffe.Selontouteapparence,ilavaitététemporairementettoutrécemmentabandon né. Nous nousins tallâmesdansunedesch ambreslespluspetitesetlesmoinssomptueusementmeublées.Elleétaitsituéedansunetourécartéedubâtiment.Sadécorationétaitriche,maisantiqueetdélabrée.Lesmursétaienttendusdetapisseriesetdécorésdenombreuxtrophéeshéraldiquesd e touteforme,ainsiqued'uneq uan titévraime ntp rodigieusede p einturesmodernes,pleinesdestyle,dansderichescadresd'ord'ungoûtarabesque.Jeprisunprofondintérêt,-cefutpeut-êtremondélirequicommençaitquienfutcause,-jeprisunprofondintérêtàcespeinturesquiétaientsuspenduesnonseulementsurlesfacesprincipalesdesmurs,maisaussidansunefoulederecoinsquelabizarrearchitectureduchâteaurendaitinévitables;sibienquej'ordonnaiàPedrodefermerleslourdsvoletsdelachambre,-puisqu'ilfaisaitdéjànuit,-d'allumerungrandcandélabreàplusieursbranchesplacéprèsdemonchevet,etd'ouvrirtoutgrandslesrideauxdeveloursnoirgarnisdecrépinesquientouraientlelit.Jedésiraisquecelafûtainsi,pourquejepusseaumoins,sijenepouvaispasdormir,meconsoleralternativementparlacontemplationdecespeinturesetparlalectured'unpetitvolumequej'avaistrouvésurl'oreilleretquiencontenaitl'appréciationetl'analyse.Jeluslongtemps,-longtemps;-jecontemplaireligieusement,dévotement;lesheuress'envolèrent,rapidesetglorieuses,etleprofondminuitarriva.Lapositionducandélabremedéplaisait,et,étendantlamainavecdifficultépournepasdérangermonvaletassoupi,jeplaçail'objetdemanièreàjeterlesrayonsenpleinsurlelivre.Maisl'actionproduisituneffetabsolumentinattendu.Lesrayonsdesnombreusesbougies(carilyenavaitbeaucoup)tombèrentalorssurunenichedelachambrequel'unedescolonnesdulitavaitjusque-làcouverted'uneombreprofonde.J'aperçusdansunevivelumièreunepeinturequim'avaitd'abordéchappé.»DansLaChutedelaMaisonUsher,Poevamêmeplusloin,pourcréeruneatmosphèrepropiceaufantastique:ildonneàunbâtimentlerôledepersonnageimportantennousledérivantcommeunepersonne,aumêmetitrequelesmembresdelafamilleUsher.

15MerveilleuxetfantastiqueenlittératureExtrait:"LaChutedelaMaisonUsher»,inNouvellesHistoiresextraordinaires,EdgarPoe,p.57-58"Pendanttouteunejournéed'automne,journéefuligineuse,sombreetmuette,oùlesnuagespesaientlourdsetbasdansleciel,j'avaistraverséseuletàchevaluneétenduedepayssingulièrementlugubre,etenfin,commelesombresdusoirapprochaient,jemetrouvaienvuedelamélancoliqueMaisonUsher.Jenesaiscommentcelasefit,-mais,aupremiercoupd'oeilquejejetaisurlebâtiment,unsentimentd'insupportabletristessepénétramonâme.Jedisinsupportable,carcettetristessen'étaitnullementtempéréeparuneparcelledecesentimentdontl'essencepoétiquefaitpresqueunevolupté,etdontl'âmeestgénéralementsaisieenfacedesimagesnaturelleslesplussombresdeladésolationetdelaterreur.Jeregardaisletableauplacédevantmoi,et,rienqu'àvoirlamaisonetlaperspectivecaractéristiquedecedomaine,-lesmursquiavaientfroid,-lesfenêtressemblablesàdesyeuxdistraits,-quelquesbouquetsdejoncsvigoureux,-quelquestroncsd'arbresblancsetdépéris,-j'éprouvaiscetentieraffaissementd'âmequi,parmilessensationsterrestres,nepeutsemieuxcomparerqu'àl'arrière-rêveriedumangeurd'opium,-àsonnavrantretouràlaviejournalière,-àl'horribleetlenteretraiteduvoile.C'étaituneglaceaucoeur,unabattement,unmalaise,-uneirrémédiabletristessedepenséequ'aucunaiguillondel'imaginationnepouvaitravivernipousseraugrand.Qu'étaitdonc,-jem'arrêtaipourypenser,-qu'étaitdonccejenesaisquoiquim'énervaitainsiencontemplantlaMaisonUsher?C'étaitunmystèretoutàfaitinsoluble,etjenepouvaispasluttercontrelespenséesténébreusesquis'amoncelaientsurmoipendantquej'yréfléchissais.Jefusforcédemerejeterdanscetteconclusionpeusatisfaisante,qu'ilexistedescombinaisonsd'objetsnaturelstrèssimplesquiontlapuissancedenousaffecterdecettesorte,etquel'analysedecettepuissancegîtdansdesconsidérationsoùnousperdrionspie d. Iléta it possible,pe nsai s-je,qu'une simpledifférencedans l'arrangementdesmatériauxdeladécoration,desdétailsdutableau,suffîtpourmodifier,pourannihilerpeut-êtrecettepuissanced'impressiondouloureuse;et,agissantd'aprèscetteidée,jeconduisismonchevalverslebordescarpéd'unnoiretlugubreétang,qui,miroirimmobile,s'étalaitdevantlebâtiment;etjeregardai-maisavecunfrissonpluspénétrantencorequelapremièrefois-lesimagesrépercutéesetrenverséesdesjoncsgrisâtres,destroncsd'arbressinistres,etdesfenêtressemblablesàdesyeuxsanspensée.»2.3.Lespersonnages2.3.1.LespersonnageshumainsDanslesrécitsmerveilleux,lespersonnageshumainsn'ontpasbeaucoupd'épaisseur:cesontdestypesquicorrespondentàdesfonctionsbiendéfinies.Ilsappartiennentàunesociétéartificielleetfigée,oùilssontdéfinisparleurplaceouleurrang(leRoi,laReine,lePrince,etc.),sansyêtre nommésautrementqu eparunsurn omqui lescaractérise(Cendrillon,Blanche-Neige,etc.).D'autrepart,lespersonnagespeuventêtredesenfants-héros,commedansLePetitCh aperonrouge ,LePetitPo ucet,etc.Lorsque lespersonnagessontdécrits,ilsleso ntpresqueun iquementphysiquement.Le sprocédés utilisésrelèventdel'hyperboleetnouséloignentencoreplusdelaréalitétellequ'onlaconnaît(beautéexceptionnelle,riendeplusbeauaumonde,etc.).Lorsqu'ilssontdécritspsychologiquement,celaestfaitdemême:leursqualitésetleurstraitsdecaractèresontrenforcésaudernierpoint;ilssontd'uneintensitéanormaleetincroyable.Cetypededescriptioncontribueàrenforcerladistanceentrel'universduconteetleréel.Avecl'aided'objetsmagiques(bottesdeseptlieux,miroirmagique,baguettemagique,balaivolant,potionmagique,etc.)oud'êtressurnaturels(fées,sorcières,etc.),lesêtreshumainspeuventtrouverriches seetbonheur.Mais,silam agieestbéné fiquepou rceux quileméritent,elles'avèremaléfiquepourlescupidesetlesenvieuxqu'ellechâtiesanspitié.(VoirLesFéesdePerrault)Danslefantastique,lespersonnagesnesontpasnonplustrèsdécrits.Ainsi,parexemple,dansLeHorla,lenarrateurnedonneaucunindiceconcernantsonidentité.C'estunhomme,

16Merveilleuxetfantastiqueenlittératurenormand,rentier,cultivéetcurieux.Lespersonnagessontdescaractèresplutôtstatiques.Ilssont,commedanslemerveilleux,caractérisésparleursactionsetsontdécritsenfonctiondecelles -ci.Ainsi,d ansAvatar,lep ortraitdu DrBalthazarCherbonneau ,spécial isteenmétempsychose,adesqualitésspécialesquilelientaufantastique.2.3.2.LespersonnagesmagiquesAcôté despersonn ageshumains,lesréci tsmerveille uxsontpeuplésde personnagesmagiques.Ondistingue,parmi eux,les bienfaiteurs(lesfées,les magiciensettousle sadeptesdelamagieblanche)etlesmalfaisants(sorciersettouslesadeptesdelamagienoire).Parmilesbienfaiteurs,onrencontresurtoutlesfées,commedanslesContesdePerrault.Celles-cisontdotéesd'unpouvoirsurnaturel:ellesmétamorphosent(Cf.CendrillonouLesFées),ellesaccomplissentlesvoeuxqu'ellesformulent(Cf.LaBelleauboisdormant),elleschangentledestindes héros(Cf .Riquetàlahoupp eouCendrillon).Mais,Pe rraultleshumanisebeaucoup:ellespeuventéchouer(Cf.Peaud'âne)ounepeuventpaseffacercequ'uneaînéeafait(Cf.LaBelleauboisdormant).Ellespeuventtransformerleschosesetlespersonnes,changerlasituation,etc.,enutilisantlamagie,grâceàleurbaguettemagique.DansCendrillon,laféechangeunecitrouilleenchariotmagnifiqueetdessourisenattelage.DansFées,laféemétamorphoselesparolesendiamantsouenserpents.Lesféespeuventaussiquelquefo isdonnerdespouvoirsàunhéros:Dans RiquetàlaHoupp e,lafé ecompenselastupiditédel'héroïneparledondepouvoirrendrebeauceluiquiluiplairaetlalaideurduprinceparlapossibilitédedonnerdel'espritàlapersonneaimée.Mais,ellespeuventaussiinfligerdestraitsméchants,commelastupiditéetlalaideur.Ellepeutaussimodérerledestinhumain.Parexemple,dansLaBelleauboisdormant,laféeréparelamortpréditeenlamodérantensommeildecentans.Mais,lesféessontparfoisambigües,parfoissorcièresetpeuventjeterunmauvaissort,commedanscemêmeconte.Parmilesmalfaisants,onrencontresurtoutlessorcières.Cesontengénéraldesvieillesfemmes,laides(nezcrochu,mentonpointu),méchantesetjalouses.Ellesutilisentlamagiepourtourmenterlesenfantsetlesjeunesgens:ellesjettentdessorts(Cf.LaBelleauBoisdormant)etontdespouvoirsdetransformation.Ellespossèdentdesanimauxrépugnantsdotésdeparole(corbeau,crapaud,etc.)etdesaccessoiresmagiques(balaivolantpoursedéplacer;chaudronpourpréparerdespotionsmagiques,etc.).SichezPerrault,lasorcièreconservesonimagediabolique,chezAndersen,sestraitss'adoucissentunpeu:dansLapetitePoucette,elleaideunefemmeenmald'enfant;dansLeBriquet,elleenrichitunsoldatrevenudufront.Mais,dansLaPetitesirène,ellerestecruelle.Acôté decesprin cipauxpe rsonnagesmagi ques,onrencontrebeaucoupd' autrespersonnagesquiressortissentdumerveilleuxetquisontemployéssoitdanslemerveilleuxsoitdanslefantastiqueenpoésie.Parexemple,Andersenrecourtaumerveilleuxdufolkloredanoisàtraverslesnixes,lestrolls,lesgargouilles,leselfes,lesondinsetlesdryadesetApollinairerecourtaumerveilleuxallemandaveclaLorelei,lesnixes,lesnicettes,Merlin,Viviane,Simonlemage,lestziganes,etc.Chezcepoète,leréel,commeparenchantement,glissesouventverslefantastique.Notonsenfinquelemerveilleuxcréeunmondemanichéen.Eneffet,lespersonnages,qu'ilssoientmagiquesouhumains,sontunidimensionnels:ilssontsoitgentils,soitméchants.Leurpasséetleurpsychologieestsansimportance,cartoutl'intérêtdurécitrésidedansl'actionetdanssoncaractèremerveilleux.

17Merveilleuxetfantastiqueenlittérature2.3.3.Lapersonnificationetl'anthropomorphismeDanslesrécitsmerveilleux,lesobjets,lesvégétauxoulesanimauxpeuventêtredotésdelapenséeetdelavoix, etdonc êtrelep erson nageprincipaldurécit.Ene ffet,lapersonnification(VoirLesaviez-vousN°5),enestunélémentconstant.Toutprendvie:lesfrontièresentrel'humain,l'animaletl'inanimén'existentplus.Lepluss ouvent,Anderse nlesutilisentpourmettre ànulesrouagesdupouvoir etlestréfondsdelanaturehumaine.Notonsqu'ilsemetenscènedanslaplupartdesescontes,commedansLeRossignol(symboledelalibertéd'expressiondupoète),oubienLeVilainpetitcanard.Dansl'extraitsuivant,Lagrosseaiguille,lepersonnageprincipalestuneaiguilleàrepriser,fortfière,toutedroite,maisquifinitparsefaireécrasersouslaroued'unecharrette.Extrait:"LaGrosseAiguille»,inContes,Andersen,p.41-43"Ilyavaitunjouruneaiguilleàrepriser:ellesetrouvaitelle-mêmesifinequ'elles'imaginaitêtreuneaiguilleàcoudre."Maintenant,faitesbienattention,ettenez-moibien,ditlagrosseaiguilleauxdoigtsquiallaientlaprendre.Nemelaissezpastomber;car,sijetombeparterre,jesuissûrequ'onnemeretrouverajamais.Jesuissifine!-Laissefaire,direntlesdoigts,etilslasaisirentparlecorps.-Regardezunpeu;j'arriveavecmasuite,»ditlagrosseaiguilleentirantaprèselleunlongfil;maislefiln'avaitpointdenoeud.Lesdoigtsdirigèrentl'aiguilleverslapantoufledelacuisinière:lecuirenétaitdéchirédanslapartiesupérieure,etilfallaitleraccommoder."Queltravailgrossier!ditl'aiguille;jamaisjenepourraitraverser:jemebrise,jemebrise.»Eteneffetellesebrisa."Nel'ai-jepasdit?s'écria-t-elle;jesuistropfine.-Ellenevautplusrienmaintenant,»direntlesdoigts.Pourtantilslatenaienttoujours.Lacuisinièreluifitunetêtedecire,ets'enservitpourattachersonfichu."Mevoilàdevenuebroche!ditl'aiguille.Jesavaisbienquej'arriveraisàdegrandshonneurs.Lorsqu'onestquelquechose,onnepeutmanquerdedevenirquelquechose.»Etellesedonnaitunairaussifierquelecocherd'uncarrossed'apparat,etelleregardaitdetouscôtés.(...)Unjour,ellesentitquelquechoseàcôtéd'elle,quelquechosequiavaitunéclatmagnifique,etquel'aiguillepritpourundiamant.C'étaituntessondebouteille.L'aiguilleluiadressalaparole,parcequ'illuisaitetseprésentaitcommeunebroche."Vousêtessansdouteundiamant?-Quelquechosed'approchant.»Etalorschacund'euxfutpersuadéquel'autreétaitd'ungrandprix.Etleurconversationroulaprincipalementsurl'orgueilquirègnedanslemonde.(...)Unjour,desgaminsvinrentfouillerdansleruisseau.Ilscherchaientdevieuxclous,desliardsetautresrichessespareilles.Letravailn'étaitpasragoûtant;maisquevoulez-vous?ilsytrouvaientleurplaisir,etchacunprendlesienoùilletrouve."Oh!la,la!s'écrial'und'euxensepiquantàl'aiguille.Envoilàunegueuse!-Jenesuispasunegueuse;jesuisunedemoiselledistinguée,»ditl'aiguille.»Touslespersonnagesd'Andersen,qu'ilssoienthumains,animaux,végétauxouobjets,sontinvestisd'unevieoùsemêlentjoiesetpeines,tristessesetpeurs.Mais,s'ilssontsoumisauxaléasdudestin,lepoèteleurconfèrel'aptitudededonnerunsensàcequileurarriveetdeseremettreenquestion.ChezCarroll, lapersonnificationestauss iomn iprésente.Citonslesprincipauxanimauxpersonnifiés:unlapin(peureuxetcolérique),unlièvre(fou),unesouris(énorme,

18Merveilleuxetfantastiqueenlittératuresècheetautoritaire),unechatte(douce,maischasseusehorspair),unchat(charmantetmystérieux),unechenille(symboled emétamorphos e),unpigeon(vindicatif), unloir(paresseuxettoujoursendormi)etundodo( bègue) .Certains sontdescaricatur esdepersonnagesréels,commeparexemple:lasourisquiestlacaricaturedeMissPrikett,lagouvernanted'AliceLiddellqui ainspirécerécit,etle dodocell edeCarrolllu i-même.DonnonsleportraitdelachenillebleuequiLachenillebleueévoquel'imaged'unsageenpleineréflexionetquipousseAliceàs'interrogersursonidentité.Deplus,chezCarroll,desnotionsabstraites,telsq ueletemps,sontpersonn ifiées,comm enousl'avo nsvudansl'extraitproposéprécédemment(2.1.2.).Extrait:Aliceaupaysdesmerveilles,Carroll,p.20-21"Ellesedressasurlapointedespieds,et,glissantlesyeuxpar-dessuslebordduchampignon,sesregardsrencontrèrentceuxd'unegrossechenillebleueassiseausommet,lesbrascroisés,fumanttranquillementunelonguepipeturquesansfairelamoindreattentionàelleniàquoiquecefût.(...)LaChenilleetAliceseconsidérèrentuninstantensilence.EnfinlaChenillesortitlehoukadesabouche,etluiadressalaparoled'unevoixendormieettraînante."Q ui êtes-vous?»dit l aChenill e. Cen'était pas làune ma nièreencourageanted'entamerl aconversation.Alicerépondit,unpeuconfuse:"Je-jelesaisàpeinemoi-mêmequantàprésent.Jesaisbiencequej'étaisenmelevantcematin,maisjecroisavoirchangéplusieursfoisdepuis.»"Qu'entendez-vousparlà?»ditlaChenilled'untonsévère."Expliquez-vous.»"Jecrainsbiendenepouvoirpasm'expliquer,»ditAlice,"car,voyez-vous,jenesuisplusmoi-même.»"Jenevoispasdutout,»réponditlaChenille."J'aibienpeurdenepouvoirpasdireleschosesplusclairement,»répliquaAlicefortpoliment;"card'abordjen'ycomprendsrienmoi-même.Grandiretrapetissersisouventenunseuljour,celaembrouilleunpeulesidées.»"Pasdutout,»ditlaChenille."Peut-êtrenevousenêtes-vouspasencoreaperçue,»ditAlice."Maisquandvousdeviendrezchrysalide,carc'estcequivousarrivera,sachez-lebien,etensuitepapillon,jecroisbienquevousvoussentirezunpeudrôle,qu'endites-vous?»"Pasdutout,»ditlaChenille."Vossensationssontpeut-êtredifférentesdesmiennes,»ditAlice."Toutcequejesais,c'estquecelamesembleraitbiendrôleàmoi.»"Àvous!»ditlaChenilled'untondemépris."Quiêtes-vous?»Danslefantastiqueenpoésie,l'anthropomorphisme(VoirClind'oeilN°2),plusgénéralquelapersonnification,esttrèsutilisé.Ilpermet,leplussouvent,aupoète,unetransfigurationmétaphoriqueetfantastiqued'unpaysage,commedansCharleroideVerlaine.Extrait:"Charleroi»,inOEuvrescomplètes,t.1,Verlaine,p.85-86"Dansl'herbenoireLesKoboldsvont.LeventprofondPleure,onveutcroire.Quoidoncsesent?L'avoinesiffle.UnbuissongifleL'oeilaupassant.PlutôtdesbougesQuedesmaisons.QuelshorizonsDeforgesrouges!Onsentdoncquoi?Desgarestonnent,Lesyeuxs'étonnent,OùCharleroi?Parfumssinistres?Qu'est-cequec'est?QuoibruissaitCommedessistres?Sitesbrutaux!Oh!votrehaleine,Sueurhumaine,Crisdesmétaux!Dansl'herbenoireLesKoboldsvont.LeventprofondPleure,onveutcroire.»

19MerveilleuxetfantastiqueenlittératureDanscepoème,lepaysagequisedérouledevantlesyeuxduvoyageur,estprésentécommedotédevie, grâceàl' animationdubuis son,desmétaux, de sgaresetdel'avoine.Cetanthropomorphismetranscritl'angoissedupoète.D'autrepart,laréférenceauxKobolds,êtresmystiquesetlége ndaires,ainsiquelemélangedesépo ques(usinesmo dernesetsistreségyptiennes)donnentaupaysageunedimensionfantastique.2.4.LescréaturesQuecesoit dansleme rveilleuxo udanslefantas tiqueles créaturessontextrêmementnombreuses:créaturesmythologiques(hydre,méduse,minotaure,etc.),créatureshybridesdumondemédiéval(griffons,centaures,etc.),créaturesmerveilleuses(licornes,dragons,etc.),monstres,vamp ires,loupsgarous,meneurs debêtes,morts-vivants,maisaussifantômes,guérisseurs,ogres,Diable,etc.Danslecadredecedossier,nousnouslimiteronsàtroistypesdecréatures:lesêtreshybrides,l'ogreetleDiable.2.4.1.LesêtreshybridesCarrollcomplètesonuniversmerveilleuxenyajoutantdeuxcréatures:leGriffonetlaSimili-tortue.LeGriffon,créaturelégendaire,présentedansdifférentescultures,hybridedel'aigleetdulion,estpeintchétifetcondescendant.Carrollréaliseicilasatiredelalégendedugriffon.QuantàlaSimili-tortue,ils'ag itd'unei nventiondeCarr ollquisemoque descoutumesculinairesdelabourgeoisievictorienne:eneffet,lasoupeàlatortue,symboled'opulence,esttrèsenvogueàl'époque.Ilenfaitunpersonnagebavardetsavant.DansLesTravailleursdelamer,HugoracontelecombatdeGilliattcontreunadversaireétrangequ'ilnevoitpas,maisquienrouleautourdesonbrasdroit,puisdesontorse,deslanièresmuniesdeventouses.Danscetextrait,ilpartd'unepeintureobjectivedelaréalitépouraboutiràun evisionfantastiqued 'un monstre,en communiquantunsentim entd'épouvanteàsonlecteur.Extrait:LesTravailleursdelamer,Hugo,p.242-243"Toutàcoupilsesentitsaisirlebras.Cequ'iléprouvaencemoment,c'estl'horreurindescriptible.Quelquechosequiétaitmince,âpre,plat,glacé,gluantetvivantvenaitdesetordredansl'ombreautourdesonbrasnu.Celaluimontaitverslapoitrine.C'étaitlapressiond'unecourroieetlapousséed'unevrille.Enmoinsd'uneseconde,onnesaitquellespiraleluiavaitenvahilepoignetetlecoudeettouchaitl'épaule.Lapointefouillaitsoussonaisselle.Gilliattserejetaenarrière,maisputàpeineremuer.Ilétaitcommecloué.Desamaingaucherestéelibreilpritsoncouteauqu'ilavaitentresesdents,etdecettemain,tenantlecouteau,s'arc-boutaaurocher,avecuneffortdésespérépourretirersonbras.Ilneréussitqu'àinquiéterunpeulaligature,quiseresserra.Elleétaitsouplecommelecuir,solidecommel'acier,froidecommelanuit.Unedeuxièmelanière,étroiteetaiguë,sortitdelacrevasseduroc.C'étaitcommeunelanguehorsd'unegueule.ElleléchaépouvantablementletorsenudeGilliatt,ettoutàcoups'allongeant,démesuréeetfine,elles'appliquasursapeauetluientouratoutlecorps.Enmêmetemps,unesouffranceinouïe,comparableàrien,soulevaitlesmusclescrispésdeGil liatt.Ilsentaitdans sapeaud esenfoncementsronds,horribl es.Illu isemblaitqued'innombrableslèvres,colléesàsachair,cherchaientàluiboirelesang.Unetroisièmelanièreondoyahorsdurocher,tâtaGilliatt,etluifouettalescôtescommeunecorde.Elles'yfixa.L'angoisse,àsonparoxysme,estmuette,Gilliattnejetaitpasuncri.Ilyavaitassezdejourpourqu'ilpûtvoirlesrepoussantesformesappliquéessurlui.Unequatrièmeligature,celle-cirapidecommeuneflèche,luisautaautourduventreets'yenroula.Impossibledecoupernid'arrachercescourroiesvisqueusesquiadhéraientétroitementaucorpsdeGilliattetparquantitésdepoints.Chacundecespointsétaitunfoyerd'affreuseetbizarredouleur.C'étaitcequ'onéprouveraitsil'onsesentaitavaléàlafoisparunefouledebouchestroppetites.Uncinquièmeallongement

0Merveilleuxetfantastiqueenlittératurejaillitdutro u.Ilsesu perposaauxaut res etvint serepliersurlediaphragmedeG illiatt.Lacompr essions'ajoutaitàl'anxiété;Gillia ttpo uvaitàpeinerespirer.Ceslan ières, pointuesàleurextrémité, allaients'élargissantcommedeslamesd'épéeverslapoignée.Touteslescinqappartenaientévidemmentaumêmecentre.EllesmarchaientetrampaientsurGilliatt.Ilsentaitsedéplacercespressionsobscuresquiluisemblaientêtredesbouches.Brusquementunelargeviscositérondeetplatesortitdedessouslacrevasse.C'étaitlecentre;lescinqlanièress'yrattachaientcommedesrayonsàunmoyeu;ondistinguaitaucôtéopposédecedisqueimmondelecommencementdetroisautrestentacules,restéssousl'enfoncementdurocher.Aumilieudecetteviscositéilyavaitdeuxyeuxquiregardaient.CesyeuxvoyaientGilliatt.Gilliattreconnutlapieuvre.»D'unepieuvredeg randedimension,Hugofin itparen faireunanimalhybri de(hydre,araignéeoucaméléon),voirelareprésentation animalededeuxmal adiesq uesontlescorbutetlagangrène.C'estlamortàl'oeuvredansuncorpsencorevivant.Del'étrangetéinquiétanted'unmonstremou,Hugonousfaitvoirlamonstruosité.Endéformantlaréalitéetenutilisantlesphénomènesdeprojectionetd'identification,ilintroduitlelecteurdansledomainedel'indicibleetdufantastique.2.4.2.L'ogreL'ogreestunmonstre(VoirClind'oeilN°3)imaginaire,àlataillegéante,quivitengénéraldanslesforêts.Ilalaréputationdemangerdelachairhumaine.ChezPerraultlepouvoireffrayantdel'ogreestengénéraldésamorcé.Ilaquelquechosed'humain.C'estainsique,dansLePetitPoucet,l'ogre"nelaissaitpasd'êtrefortbonmari,quoiqu'ilmangeâtlespetitsenfants»(p.25);dansLaBelleauboisdormant,l'ogresseestreine.Deplus,lepouvoirdel'ogreestlimité,puisquemalgrésaforceetsoncaractèreterrible,laruseetl'intelligenceluimanquent.C'estainsiqu'ilestmisfinalementenéchecparpluspetitquelui,dansLePetitPoucet.Extrait:"LePetitPoucet»,inContes,Perrault,p.23-25"L'Ogreavaitseptfilles,quin'étaientencorequedesenfants.(...)Onlesavaitfaitcoucherdebonneheure,etellesétaienttoutesseptdansungrandlit,ayantchacuneunecouronned'orsurlatête.Ilyavaitdanslamêmechambreunautrelitdelamêmegrandeur:cefutdanscelitquelafemmedel'Ogremitcoucherlesseptpetitsgarçons;aprèsquoielleallasecoucherauprèsdesonmari.LepetitPoucet,quiavaitremarquéquelesfillesdel'Ogreavaientdescouronnesd'orsurlatête,etquicraignaitqu'ilneprîtàl'Ogrequelqueremordsdenelesavoirpaségorgésdèslesoirmême,selevaverslemilieudelanuit,etprenantlesbonnetsdesesfrèresetlesien,ilallatoutdoucementlesmettresurlatêtedesseptfillesdel'Ogre,aprèsleuravoirôtéleurscouronnesd'or,qu'ilmitsurlatêtedesesfrèresetsurlasienne,afinquel'Ogrelesprîtpoursesfilles,etsesfillespourlesgarçonsqu'ilvoulaitégorger.Lachoseréussitcommeill'avaitpensé;carl'Ogre,s'étantéveillésurleminuit,eutregretd'avoirdifféréaulendemaincequ'ilpouvaitexécuterlaveille.Ilsejetadoncbrusquementhorsdulit,etprenantsongrandcouteau:"Allonsvoir,dit-il,commentseportentnospetitsdrôles;n'enfaisonspasàdeuxfois.»Ilmo ntadoncàtâtons àlachambrede sesf illes,ets'approchadulitoùétaient lespeti tsgarçons,q uidormaienttous,exceptélepetitPoucet,quieutbienpeurlorsqu'ilsentitlamaindel'Ogrequiluitâtaitlatête,commeilavaittâtécelledetoussesfrères.L'Ogre,quisentitlescouronnesd'or:"Vraiment,dit-il,j'allaisfairelàunbelouvrage;jevoisbienquejebustrophierausoir.»Ilallaensuiteaulitdesesfilles,oùayantsentilespetitsbonnetsdesgarçons:"Ah!lesvoilà,dit-il,nosgaillards;travaillonshardiment.»Endisantcesmots,ilcoupa,sansbalancer,lagorgeàsesseptfilles.Fortcontentdecetteexpédition,ilallaserecoucherauprèsdesafemme.AussitôtquelepetitPoucetentenditronflerl'Ogre,ilréveillasesfrères,etleurditdes'habillerpromptementetdelesuivre.Ilsdescendirentdoucementdanslejardin,etsautèrentpar-dessuslesmurailles.Ilscoururentpresquetoutelanuit,toujoursentremblant,etsanssavoiroùilsallaient.

1MerveilleuxetfantastiqueenlittératureL'Ogre,s'étantéveillé,ditàsafemme:"Va-t'enlà-hauthabillercespetitsdrôlesd'hiersoir.»L'Ogressefutfortétonnéedelabontédesonmari,nesedoutantpointdelamanièrequ'ilentendaitqu'elleleshabillât,etcroyantqu'illuiordonnaitdelesallervêtir.Ellemontaenhaut,oùellefutbiensurpriselorsqu'elleaperçutsesseptfilleségorgéesetnageantdansleursang.Ellecommençapars'évanouir(carc'estlepremierexpédientquetrouventpresquetouteslesfemmesenpareillesrencontres).L'Ogre,craignantquesafemmenefûttroplongtempsàfairelabesognedontill'avaitchargée,montaenhautpourluiaider.Ilnefutpasmoinsétonnéquesafemmelorsqu'ilvitcetaffreuxspectacle."Ah!qu'ai-jefaitlà!s'écria-t-il.Ilsmelepayeront,lesmalheureux,ettoutàl'heure.»2.5.LamétamorphoseVolontairesouinvolontaires,lesmétamorphoses(VoirClind'oeilN°4)occupentuneplacedechoixdanslesréc itsmerveille ux.Lesper sonnageshumainspeu ventêtrechangésenanimaux,enobjets,oubienencréaturessurnaturelles,tandisquelesanimauxouêtressurnaturelspeuventprendreformehumaine.Lamétamorphoseestunétatpermanentetirréversible.Danslaplupartdesrécitsmerveilleux,cesontlesféesoulessorcièresquiontlepouvoirdemétamorphose r.Leplu ssouvent,unprotagonisteestchangéenani malparpunition.Parmilesmétamorp hosesvolon taires,citonslecasdelapetitesirène dansleconted'Andersen.Contrairementàsessoeurs,elleestattiréeparlemondedeshommes.Lavisiond'unjeuneprince,autraversd'unhublotdebateau,fonctionnecommeuncatalyseur.Apartirdecemoment-là,ellen'aspireplusqu'àvivreparmileshommes.Aussi,va-t-ellefaireunpacteave clasorcièr edesmerse taccepte rdesacrifiersabell evoixcontreune apparencehumaineentière,avecdeuxjambesaulieud'unequeue.Pourcelasalanguevaêtresectionnée.Deplus,chaquepasqu'ellevaeffectuerseraaccompagnédedouleur.Extrait:"LaPetiteSirène»,inContes,Andersen,p.114-116"Jevaistepréparerunélixirquetuemporterasàterreavantlepointdujour.Assieds-toisurlacôte,etbois-le.Aussitôtlaqueueserétréciraetsepartageraencequeleshommesappellentdeuxbellesjambes.Maisjetepréviensquecelateferasouffrircommesil'ontecoupaitavecuneépéetranchante.Toutlemondeadmireratabeauté,tuconserverastamarchelégèreetgracieuse,maischacundetespastecauseraautantdedouleurquesitumarchaissurdespointesd'épingle,etferacoulertonsang.Situveuxendurertoutescessouffrances,jeconsensàt'aider.-Jelessupporterai!ditlasirèned'unevoixtremblante,enpensantauprinceetàl'âmeimmortelle.-Maissouviens-toi,continualasorcière,qu'unefoischangéeenêtrehumain,jamaistunepourrasredevenirsirène!Jamaistunereverraslechâteaudetonpère;etsileprince,oubliantsonpèreetsamère,nes'attachepasàtoidetoutsoncoeuretdetoutesonâme,ous'ilneveutpasfairebénirvotreunionparunprêtre,tun'aurasjamaisuneâmeimmortelle.Lejouroùilépouserauneautrefemme,toncoeursebrisera,ettuneserasplusqu'unpeud'écumesurlacimedesvagues.-J'yconsens,ditlaprincesse,pâlecommelamort.-Encecas,poursuivitlasorcière,ilfautaussiquetumepayes;etjenedemandepaspeudechose.Tavoixestlaplusbelleparmicellesdufonddelamer,tupensesavecelleenchanterleprince,maisc'estprécisémentlavoixquej'exigeenpayement.Jeveuxcequetuasdeplusbeauenéchangedemonprécieuxélixir;car,pourlerendrebienefficace,jedoisyversermonpropresang.-Maissituprendsmavoix,demandalapetitesirène,quemerestera-t-il?-Tacharmantefigure,réponditlasorcière,tamarchelégèreetgracieuse,ettesyeuxexpressifs:celasuffitpourentortillerlecoeurd'unhomme.Allons!ducourage!Tiretalangue,quejelacoupe,puisjetedonnerail'élixir.-Soit!»réponditlaprincesse,etlasorcièreluicoupalalangue.Lapauvreenfantrestamuette.Là-dessus,lasorcièremitsonchaudronsurlefeupourfairebouillirlaboissonmagique.

Merveilleuxetfantastiqueenlittérature(...)"Ceconseilétaitinutile;carlespolypes,enapercevantl'élixirquiluisaitdanslamaindelaprincessecommeuneétoile,reculèrenteffrayésdevantelle.Ainsielletraversalaforêtetlestourbillonsmugissants.Quandellearrivaauchâteaudesonpère,leslumièresdelagrandesallededanseétaientéteintes;toutlemondedormaitsansdoute,maisellen'osapasentrer.Ellenepouvaitplusleurparler,etbientôtelleallaitlesquitterpourjamais.Illuisemblaitquesoncoeursebrisaitdechagrin.Elleseglissaensuitedanslejardin,cueillitunefleurdechaqueparterredesessoeurs,envoyaduboutdesdoigtsmillebaisersauchâteau,etmontaàlasurfacedelamer.Lesoleilnes'étaitpasencorelevélorsqu'ellevitlechâteauduprince.Elles'assitsurlacôteetbutl'élixir;cefutcommesiuneépéeaffiléeluitraversaitlecorps;elles'évanouitetrestacommemorte.Lesoleilbrillaitdéjàsurlamerlorsqu'elleseréveilla,éprouvantunedouleurcuisante.Maisenfaced'elleétaitlebeauprince,quiattachaitsurellesesyeuxnoirs.Lapetitesirènebaissalessiens,etalorsellevitquesaqueuedepoissonavaitdisparu,etquedeuxjambesblanchesetgracieuseslaremplaçaient.Leprinceluidemandaquielleétaitetd'oùellevenait;elleleregardad'unairdouxetaffligé,sanspouvoirdireunmot.Puislejeunehommelapritparlamainetlaconduisitauchâteau.Chaquepas,commeavaitditlasorcière,luicausaitdesdouleursatroces;cependant,aubrasduprince,ellemontal'escalierdemarbre,légèrecommeunebulledesavon,ettoutlemondeadmirasamarchegracieuse.Onlarevêtitdesoieetdemousseline,sanspouvoirassezadmirersabeauté;maisellerestaittoujoursmuette.Desesclaveshabilléesdesoieetd'or,chantaientdevantleprincelesexploitsdesesancêtres;elleschantaientbien,etleprincelesapplaudissaitensouriantàlajeunefille."S'ilsavait,pensa-t-elle,quepourluij'aisacrifiéunevoixplusbelleencore!»Malheureusement,cettemétamorphoseneluipermetpasd'épouserleprince.Refusantdeletuer,alorsqu'ilvaenépouseruneautre,elleserarécompenséeendevenantunefilledesairset,autermedetroiscentans,ellepossèderauneâmeéternelle.Danslefantastique,lamétamorphosed'unêtrehumainoud'unanimalesttrèsutilisée.Ellefaitbasculerlerécitd'ununiversréalisteàununiversétrangeoùlesrepèresentreleréeletl'imaginairedeviennentflous.2.6.LepacteavecleDiableDenombreuxrécitsfantastiquessecaractérisentparlaprésenceduDiable(dumoinsdefaçonallégorique)etd'unpactescelléentreluietl'undespersonnages.DansLesDiaboliquesdeBarbeyd'Aurevilly,riendetoutcela.LeDiableestprivéd'aspectmatériel.Ilestpartoutetnul lepart, etdece faitbienplusr edoutabl e.Eneffet,pour l'auteur,quicroitàl'existenceduDiable,l'âmehumaineestlethéâtrequotidiend'unelutteacharnéeetsansissueentreleBienetleMal.Pourlui,touslesêtreshumainssont,àdesdegrésdifférents,possédésparleDiable.Sonoeuvrelittéraire,quipuisedansleslégendesdupaysnormandsoubiendanssonimaginationexacerbée,mêlelesurnaturelàlaviequotidiennedelafictionetfaitnaître l'inquié tudec hezlelecteur.Eneff et,ell eestuntriomphedel'ambiguïtéetfaitoscillerlelecteurentredeuxinterprétationspossibles:unerationnelleetbanale(sespersonnagessontpresquetousdesnévrosés),l'autreexplicableparl'inex plicable(ilssontpossédésparleDiable). Parmilessixp ortraitsdefe mmesdiaboliques,retenonsplusparticulièrementceluideHauteclaireStassinl'héroïnedeUnBonheurdanslecrime.PourleshabitantsdeV.,celle-ciresteenveloppéedemystère:sonvisageestcachéparsonmasqued'escrimelasemaineetparunvoilenoirledimanche.AmoureusedujeuneComtedeSav igny,qui s'estmariéavecDe lphinedeCantor ,elledisparaîtunjoursansexplication.Appeléauchevetdelacomtesse,lemédecindelaville,lareconnaîtenlapersonned'Eulalielafemmedechambredecelle-ci.Enfait,HauteclairevitavecleComtesouslepropretoidelaComtessequines'aperçoitderienjusqu'aujour,oùellemeurt,empoisonnée.EllefinitpardevenirComtessedeSavigny.

Merveilleuxetfantastiqueenlittérature-Ehbien,répliquatranquillementlepetithomme,aimes-tumieuxquecettelames'aiguiseicisurunvivant?-Oh!permettez-moidesuppliervotrecourtoisie...Commentvotreexcellencepeut-elleprofaner?...Votregrâce...Seigneur,votreséréniténevoudrapas...-Finiras-tu?ai-jebesoindetouscestitres,squelettevivant,pourcroireàtonprofondrespectpourmonsabre?-ParsaintWaldemar,parsaintUsuph,aunomdesaintHospice,épargnezunmort!-Aide-moi,etneparlepasdessaintsaudiable.-Seigneur,poursuivitlesuppliantSpiagudry,parvotreillustreaïeulsaintIngolphe!...-Ingolphel'Exterminateurétaitunréprouvécommemoi.-Aunomduciel,ditlevieillardenseprosternant,c'estcetteréprobationquejeveuxvouséviter.L'impatiencetransportalepetithomme.Sesyeuxgrisetternesbrillèrentcommedeuxcharbonsardents.-Aide-moi!répéta-t-ilenagitantsonsabre.Cesdeuxmotsfurentprononcésdelavoixdontlesprononceraitunlion,s'ilparlait.Leconcierge,tremblantetàdemimort,s'assitsurlapierrenoire,etsoutintdesesmainslatêtefroideethumidedeGill,tandisquelepetithomme,àl'aidedesonpoignardetdesonsabre,enlevaitlecrâneavecunedextéritésingulière.Quandcetteopérationfutterminée,ilconsidéraquelquetempslecrânesanglant,enproférantdesparolesétranges;puisilleremitàSpiagudrypourqu'illedépouillâtetlelavât,etditenpoussantuneespècedehurlement:-Etmoi,jen'auraipasenmourantlaconsolationdepenserqu'unhéritierdel'âmed'Ingolpheboiradansmoncrânelesangdeshommesetl'eaudesmers.»DansBug-Jargal,Hugofaitappelàtouteladémonologiehaïtienne,dontl'extraitsuivantenprésenteunepartie.Extrait:Bug-Jargal,Hugo,p.61-63"Jen'aijamaisvuuneréuniondefiguresplusdiversementhorriblesquenel'étaientdansleurfureurtouscesvisagesnoirsavecleursdentsblanchesetleursyeuxblancstraversésdegrossesveinessanglantes.Ellesm'allaientdéchirer.Lavieilleàlaplumedehéronfitunsigne,etcriaàplusieursreprises:Zotécordé!zotécordé†!Lesforcenéess'arrêtèrentsubitement,etjelesvis,nonsanssurprise,détachertoutesensembleleurtablierdeplumes,lesjetersurl'herbe,etcommencerautourdemoicettedanselascivequelesnoirsappellentlachica.Cettedanse,dontlesattitudesgrotesquesetlavivealluren'exprimentqueleplaisiretlagaieté,empruntaiticidediversescirconstancesaccessoiresuncaractèresinistre.Lesregardsfoudroyantsquemelançaientlesgriotesaumilieudeleursfolâtresévolutions,l'accentlugubrequ'ellesdonnaientàl'airjoyeuxdelachica,legémissementaiguetprolongéquelavénérableprésidentedusanhédrinnoirarrachaitdetempsentempsàsonbalafo,espèced'épinettequimurmurecommeunpetitorgue,etsecomposed'unevingtainedetquotesdbs_dbs41.pdfusesText_41

[PDF] histoire de foret

[PDF] l'histoire d'oedipe

[PDF] le mythe d'orphée tableau

[PDF] que symbolise orphée ?

[PDF] sujet 3am texte historique

[PDF] orphée poésie lyrique

[PDF] le récit historique définition

[PDF] orphée poésie française

[PDF] résumé du texte le 1er novembre 1954 ? khenchela

[PDF] texte historique bac

[PDF] mythe orphée résumé

[PDF] texte historique sur le 1er novembre 1954

[PDF] texte historique 3as séquence 1

[PDF] orphée et eurydice poème

[PDF] composition 3am patrimoine